L'éveil au combat politique

L'électorat des Wallisiens et Futuniens de Nouvelle-Calédonie a pendant plus de 20 ans, assis et servi la politique de la droite loyaliste, cette propagation de la peur du rapatriement vers les iles d'origine a systématiquement figé l'esprit des ressortissants de Wallis-et-Futuna vers un vote en faveur du maintien de la Nouvelle Calédonie dans la République Française. Mais cet engagement n'est pas payant aux yeux de certains leaders d'opinion de la communauté, estimant que l'intégration des wallisiens et futuniens dans le paysage économique, dans les hiérarchies administratives, ainsi que dans les institutions,Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ,Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Pour les leaders d'opinion Wallisiens et Futuniens de Nouvelle-Calédonie cette intégration se fait trop timidement, sa représentation reste insignifiant par rapport à son poids électoral, par conséquent sa portée dans le contexte socio-politique manque cruellement de reconnaissance. En effet, les ressortissants de Wallis-et-Futuna se retrouvent le plus souvent dans des emplois précaires, ouvriers, d'agents de maitrise, ou dans le tertiaire à des niveaux subalternes, mais rarement dans l'encadrement ou dans le management.

Quand ils occupent des postes de collaborateurs politiques, ils sont dédiés aux tâches les plus ingrates qui leur vaudra les qualificatifs de " préparateurs de salles" ou de " wallisien de service". Ces même collaborateurs, souvent sans diplômes, sont utilisés par les leaders loyalistes pour provoquer des réunions avec les responsables coutumiers, ces derniers à leur tour sont utilisés pour sensibiliser les foules afin d'assurer la propagande pro-française.

La confusion entre le sentiment d'appartenance et la conviction sincère d'être acteur politique, s'ajoutant à la peur de l'exclusion, l'éveil à la conscience politique de la communauté wallisienne & futunienne tardait à sortir de l'ombre.

Les premiers mouvements de résistance et d'opposition au RPCR apparaissent en mai 1989, avec Kalépo Muliava, ancien condisciple de Jean-Marie Tjibaou , celui ci crée l' Union océanienne dont il est Président, avec Aloisio Sako comme Vice Président. En 1989 l'Union océanienne obtient 2 sièges sur 32 à l'assemblée provinciale du Sud avec 2.429 voix (6,1 %), soit environ 40 % de l'électorat wallisien et futunien.

Durant les deux décennies de paix sociale qui suivirent les troubles des années 80, la communauté des Wallisiens et Futuniens de Nouvelle-Calédonie évolue au fil des accords politiques, (Accords de Matignon (1988) & Accords de Nouméa en 1999), elle est impactée directement par les efforts pour le rééquilibrage socio-économique de la Nouvelle-Calédonie. Ces effets de la politique post-84 ont largement contribué à sa transformation, en son sein tant les questionnements se posent sur sa place dans le dispositif du pays, puis dans ses rapports avec le monde politique. Les jeunes leaders d'opinion se distinguant peu à peu de leurs aînées par un niveau d'éducation nettement accru, rajoutant à cela l'accès à l'information puis à la formation supérieure dans les différents programmes tels que 400 cadres . Les Wallisiens et Futuniens de Nouvelle-Calédonie paraissent de plus en plus détachées de l'Histoire de leurs anciens, le brassage ethnique et culturel avec les Kanaks s'opère lentement, elles font face comme les Kanaks aux mêmes contraintes de la société calédonienne, à d'autres contextes sociétales que leurs parents, elles sont orientées par des besoins de réalisation parfois bien plus ambitieuses. Les Wallisiens et Futuniens de Nouvelle-Calédonie sont entre deux rives, avec des nouveaux de pensée et d'actions, l'ancrage culturel avec la terre d'origine est moins évident, ils s'identifient peu à peu à d'autres repères.

Cet électorat est donc devenu une énigme pour les observateurs, à ce stade des échéances, compte tenu de son poids et de son caractère aléatoire, il peut être à la fois être la clé pour un basculement irréversible de la Nouvelle-Calédonie vers sa pleine souveraineté ou bien un frein supplémentaire à sa marche vers l'indépendance. La droite loyaliste qui jadis usait de moyens plus ou moins illicites, profitant de l'ignorance et de la précarité matérielle pour capter cet électorat (cartons de poulets, chantages ou pressions économiques) a aujourd'hui plus de difficultés à convaincre dans les rangs de la communauté wallisienne & futunienne.

Lorsque Kalépo Muliava décède en d'un cancer, l'Union océanienne se scinde en deux, la faction dirigée par Aloisio Sako se rapproche des indépendantistes, elle deviendra officiellement le Rassemblement démocratique océanien le 12 dévrier 1994.